Yasushi Inoué

novembre 27, 2011 at 8:02 Laisser un commentaire

Quand tu liras ces mots, je ne serai plus. J’ignore ce que peut être la mort, mais je suis sûre que mes joies, mes peines, mes craintes ne me survivront pas. Tant de préoccupations à ton sujet, et tant de préoccupations sans cesse renouvelées au sujet de Shoko…Tout cela n’aura bientôt plus de raison d’être en ce monde. Mon corps et mon âme vont disparaître.
Il n’empêche que bien des heures, bien des jours que je m’en serai allée, que je serai retournée au néant, tu liras cette lettre, et elle te dira à toi, qui resteras en vie après que je ne serai plus, les nombreux sujets de réflexion qui furent les miens de mon vivant. Comme si tu entendais ma voix, cette lettre te dira mes pensées, mes sentiments, des choses que tu ignores. Ce sera comme si nous bavardions, comme si tu entendais ma voix. Tu vas bien être et sans doute affligé et tu vas m’en vouloir. Mais, je le sais, tu ne pleureras pas. Tu auras seulement ce regard triste, ce regard que nul autre que moi ne t’a jamais vu et peut-être diras-tu : « Tu es folle, chérie. » Je vois d’ici ton expression et j’entends ta voix.
C’est pourquoi, au-delà de la mort, ma vie demeureras présente dans cette lette lettre jusqu’à ce que tu en aies achevé la lecture. Dès l’instant que tu l’auras ouverte, que tu auras commencé à la lire, tu y retrouveras la chaleur de ma vie. Et pendant quinze ou vingt ans jusqu’à ce que tu en aies lu le mot final, cette chaleur se répandra dans ton corps entier, elle emplira ton esprit de toutes sortes de pensées, comme elle le fit du temps où je respirais encore.
Quelle étrange chose qu’une lettre posthume ! Même si la vie enfermée dans cette lettre ne doit durer que quinze ou vingt minutes, oui, même si cette vie doit avoir cette brièveté, je veux te révéler mon « moi » profond. Aussi effrayant que cela paraisse, je sais bien maintenant que, de mon vivant je ne t’ai jamais fait voir mon « moi » véritable. Le « moi » qui écrit cette lettre est mon moi, mon véritable « moi ».

Yasushi Inoué

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Pouckine Le Parrain (musique)

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