L’horreur industrielle par Sylvain Tesson
novembre 26, 2011 at 6:15 Laisser un commentaire
Il faut avoir l’esprit tordu pour voir en L’Amant de Lady Chatterley un livre érotique. Ce roman est un requiem pour une nature blessée. L’Angleterre aux paisibles bocages, aux bois pleins de mémoire agonise sous les yeux de Constance. Le développement minier ravage la terre britannique. Les puits d’exploitation éventrent les bocages. Les cheminées se dressent dans des ciels maculés. L’air est empuanti, la brique s’obscurcit, même le visage des hommes se durcit. Le pays se prostitue à l’industrie et une nouvelle race de businessmans techniciens glose de sujets socio-politique abstraits et spécule sur la technique. C’est l’agonie d’un monde, « L’Angleterre industrielle efface l’Angleterre agricole. » Constance sent une sève monter dans sa chair ; elle comprend que le progrès désubstantialise le monde. Lawrence met dans la bouche de la jeune femme de prophétiques paroles sur l’enlaidissement des paysages, l’abrutissement des esprits, la tragédie d’un peuple qui perd sa vitalité (« sa virilité », dit-elle) dans les cadences mécaniques. L’amour primitif et païen s’épanouit chez Lady Chatterley en même temps qu’elle assiste au naufrage des âmes modernes siphonnées par une « sinistre énergie ». La démence prométhéenne affaiblit l’être dans le fracas de la machine.
Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie
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