La mélancolie hypocondriaque (Robert Burton)
novembre 20, 2011 at 8:10 Laisser un commentaire
La mélancolie hypocondriaque ou venteuse est celle que les Arabes nomment mirachiale et, selon moi, elle est la plus grave et la plus fréquente. Ses causes peuvent être internes ou externes. Internes depuis divers organes comme le mésentère, la rate, le pylore, l’utérus, le diaphragme ou les veines mésentères, ou du fait de la rétention d’évacuation.
Les causes externes sont : une alimentation malsaine, le souci, le chagrin et le mécontentement.
Selon Melanchthon, à la suite de graves difficultés, d’un dégoût, d’une passion, d’un mécontentement, cette maladie est aussi fréquente chez les hommes que l’hystérie l’est chez la femme.
Rondelet, parlant de lui-même, dit qu’alors qu’il se préparait un jour à rédiger des notes médicales, il se sentit sombrer dans une étrange humeur et fut pris d’une crise d’hypocondrie, dont il fut libéré une fois qu’il eut bu une décoction d’absinthe.
Hippocrate signale comme symptômes de l’hypocondrie la maigreur, le dessèchement, les yeux creux, l’apparence vieillie, ridée, dure, les problèmes de vents ainsi qu’une diarrhée ou un mal d’estomac, les rots fréquents, les ventres secs et durs, l’air déprimé, la barbe molle, les sifflements dans les oreilles, les vertiges, la tête légère, pas ou peu de sommeil, et, de plus, souvent interrompus, les rêves terribles et effrayants.
Les autres symptômes, si on élimine la crainte et la tristesse, sont les suivants : renvois aigres, crudités abondantes, chaleur dans les entrailles, vents et borborygmes dans l’estomac, froideur aux articulations, indigestion ; les malades supportent mal des renvois de leurs hypocondres, la chaleur et les diarrhées de leurs intestins, les convulsions du diaphragme et des intestins ; les yeux sont injectés de sang, les vapeurs et les vents provoquent des gonflements. Leurs oreilles siffles par moments, ils sont sujets à des crises de vertige et d’étourdissement, à des rêves turbulents, ils sont secs et maigres, ils se mettent à transpirer en toute occasion, leur teint est de toutes les couleurs. Nombre d’entre eux ont le visage coloré, particulièrement après le repas.
D’autres encore ont le teint sombre, pâle, rubicond, leurs épaules et leurs omoplates les font parfois souffrir, tout leur corps est pris de tressaillements, de tremblements soudains, sans oublier cette douleur cardiaque, cardiaca passio, cette brûlure ressentie à l’entrée de l’estomac qui fait croire au patient qu’il souffre du cœur ; on remarque aussi parfois des difficultés à respirer, un souffle court, des flatuosités douloureuses, un pouls violent, des évanouissements.
Si l’épigastre est en cause, on aura un gonflement des hypocondres : borborygmes, gonflements, coction interrompue, renvois fréquents. Ces crudités provoquent des vapeurs venteuses qui montent vers le cerveau, troublent l’imagination et provoquent la crainte, la tristesse, l’abattement, la lourdeur et de nombreuses fantaisies et chimères ; c’est ce que Lemmens remarque avec perspicacité : tout comme un nuage noir et épais cache le soleil et intercepte ses rayons et sa lumière, CETTE VAPEUR MELANCOLIQUE OBSCURCIT L’ESPRIT ET Y FAIT PENETRER DE FORCE, NOMBRE DE PENSEES ET DE FANTAISIES ABSURDES, OBLIGEANT DES PERSONNES BONNES, SAGES, HONNETES ET AVISES A DELIRER, A DIRE ET FAIRE DES CHOSES CONTRAIRES A LEUR NATURE, A LEUR SITUATION, A LEUR SAGESSE.
Robert Burton, Anatomie de la mélancolie, José Corti éditeur
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